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Le départ d’un homme

de bien et d’un

écrivain de talent

par Jean Lacroix

Max Vilain nous a quittés dans la nuit du dimanche 6 mai, à 3 heures du matin, après avoir livré un combat difficile et douloureux contre la maladie. Un combat mené avec ce courage et cette volonté qui étaient naturels dans sa vie quotidienne…

Prêtre et écrivain, tout un programme ! Dans notre société actuelle, qui a tendance à se désacraliser tout en cherchant malgré tout une spiritualité digne de ce nom pour conserver un sens qui se dérobe à elle, l’exemple de ce personnage modeste, jovial et sincère est à considérer. Max Vilain avait une ouverture d’esprit et une grande compréhension de la souffrance humaine, et pour avoir expérimenté, à travers une amitié de plusieurs dizaines d’années, sa capacité à l’empathie et à l’aide aux autres, je peux affirmer qu’un tel homme dégageait une aura particulière. Il avait la foi, celle qui transporte les montagnes, mais aussi celle qui permet d’aller de l’avant, avec respect, sans parti pris, sans jugement, sans crainte non plus de penser et de dire que l’Eglise devrait s’ouvrir à plus de modernité et de renouvellement en profondeur. D’autres évoqueront mieux que moi la carrière religieuse de ce serviteur de Dieu, qui fut longtemps titulaire de la cure de Ham-sur-Heure avant de poursuivre des activités pastorales jusqu’il y a encore moins de trois mois. En Thudinie comme en région de Charleroi, et au-delà, Max Vilain est une figure connue et respectée.

Aujourd’hui, c’est à l’écrivain que l’Association des Ecrivains Belges rend hommage. Max Vilain laisse un nombre incalculable de collaborations, dans les quotidiens de la chaîne L’Avenir, dans des revues à caractère spirituel, mais aussi dans Le Spantole ou dans la Revue générale. Mais il laisse aussi une vingtaine d’ouvrages : trois romans (Le Chemin du curé, fresque ardennaise du XIXe siècle, épuisé depuis longtemps, mériterait une réédition), et une quinzaine d’essais essentiellement à caractère littéraire dans lesquels Max Vilain fait preuve d’une incroyable érudition et d’une qualité d’écriture que l’on saluera. On y retrouve tous les classiques, de Rousseau à Rimbaud, de Pascal à Baudelaire, de Bloy à Jules Verne (un grand domaine de prédilection pour Max Vilain), d’Alexandre Dumas à Victor Hugo, auquel il a consacré un excellent Pour saluer L’Homme qui rit, reconnu par les spécialistes de l’auteur des Misérables comme un livre d’une grande finesse d’analyse. Mais s’arrêter à la littérature française serait trop limiter les champs de recherche de cet insatiable lecteur critique. Les pages qu’il a consacrées à Jack London, à Dickens, à Stevenson ou à Daniel De Foe montrent l’étendue d’une époustouflante érudition, celle d’un lettré gourmand qui était capable de réciter par cœur des pages entières, assimilées au fil des ans, de prose ou de poésie. Avec la passion dans la voix et dans l’âme…

Max Vilain a été pendant de longues années administrateur de notre Association ; il y apportait son réalisme, sa bonhomie, sa hauteur de vue teintée d’un clin d’oeil qui le poussait souvent à dessiner sur le tas les situations les plus dignes d’un regard humoristique, même les plus crispées, ce qui rendait l’atmosphère détendue et ramenée à ses justes proportions. Il avait aussi une âme d’animateur ; joyeux de caractère, complice par nature, il a accompagné de nombreux groupes (le Non-Dit doit s’en souvenir) auxquels il apportait sa part de bienveillance, de gentillesse et d’empathie.

Dans un ouvrage paru en 1974, Montagnes, dont une réédition fut nécessaire dix ans plus tard, Max Vilain écrivait : « En rêve, il m’est arrivé de voir un large fleuve étincelant, calme et porteur d’une force inépuisable. Il m’apparaît toujours davantage que chacun recherche le « fleuve d’eau vive, brillant comme du cristal » que l’ange montrait au voyant de l’Apocalypse, dans la Cité céleste. » Ce fleuve, Max  Vilain l’a trouvé maintenant, c’est certain, il ne cessera jamais de nous l’indiquer au bout de l’horizon et de continuer à nous guider vers le meilleur de nous-mêmes. Nous avons perdu un homme de bien, et un écrivain de talent. Demeure l’infinie grandeur d’un être généreux…

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