Dernières parutions :

Auteur : Philippe LEUCKX

Titre : L'IMPARFAIT NOUS MÈNE

Editeur : BLEU D'ENCRE

Genre : Poésie

Date de parution : 2015

 

L'imparfait nous mène

L’on a souvent entendu déplorer que les poètes ne ressemblassent guère à l’idée que s’en fait la culture populaire et que l‘on soit davantage tenté de voir en eux l’apparence d’austères experts-comptables que de sympathiques pierrots lunaires. Avec Philippe Leuckx on est comblé. Qui l’a rencontré une fois se souvient de lui comme d’une grande perche d’homme tout frémissant, espiègle et rieur comme un potache, mobile, volubile, doté d’une éloquence de primesaut, simple et convivial Il vous aborde comme s’il vous connaissait de toujours, vous prend par le bras, vous mène à votre place, s’assied en face de vous, et, de chic, il vous entretient de Mme de Sévigné, comme s’il avait été de ses intimes, avec le grand dadais de Bussy-Rabutin. A ses côtés, on se sent important et, qui mieux est encore, de la famille. Cependant, par un tour de malice des dieux, dont on sait qu’ils sont dyscoles et quinteux, son oeuvre ne lui ressemble point. C’est une oeuvre à la fois nombreuse et rare ; nombreuse en titres et rare en sobriété, toute concentrée et retenue, vibrant d’une pensée tournée vers l’intérieur, le passé, l’écoulement du temps. Le recueil qu’il vient de faire paraître est une suite de petits poèmes de quatre, cinq ou six vers, que nous oserons qualifier par leur densité, le brillant, le polissage, de véritables petites merveilles de joaillerie. Il faut les lire à haute voix, comme ferait un bon acteur, avec lenteur et avec l’articulation :

« On frôle la poussière des passages La ville et tout autour les rumeurs On laisse flotter le vêtement l’air Qui vient se parfume d’aise Dans la lenteur des visages Parfois la vie le vent l’invite. »

Le poète est hanté par l’enfance dont Aragon a dit que l’on n’en guérit point. L’enfance, c’est le souvenir du père, de la mère, mais aussi le souvenir du vent qui emporte les rêves jusqu’à l’horizon asymptotique. L’échine droite, tête relevée, l’enfant marche le front haut, sur un chemin qui monte au ciel d’un « bleu d’encre » ; enfant solitaire pour qui le monde n’a de consistance que dans les mots. Le poète lui aussi ne vit que par et pour les mots. Le monde ne préexiste pas aux mots. (Le soleil n’existe, disait Schopenhauer, que parce que je suis là pour attester son existence). En effet, supprimons les mots et il ne reste rien. Ou bien plutôt il ne reste que ce qui est innommé. Le « res nullius ». Philippe Leuckx est un lapidaire méticuleux. Il taille et sculpte précautionneusement les mots, en fait de précieux octaèdres qu’il serre dans des écrins : ce sont de petits livres artisanalement confectionnés et que l’on tient avec deux doigts.


Marcel Detiège

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